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Le vin et la santé:pour en avoir le coeur neten collaboration avec Christine Leroux, oenologue Depuis les 20 dernières années, plusieurs spécialistes se sont penchés sur la relation entre le faible taux de maladies cardio-vasculaires et la consommation de vin dans certains pays européens dont les habitants sont pourtant réputés être de grands consommateurs d'aliments très riches. On s'en doute, le sujet préoccupe à la fois le monde vinicole et celui de la santé publique, les maladies cardio-vasculaires représentant la principale cause de décès aux États-Unis et constituant un important facteur de mortalité pour plusieurs nations européennes. Les premiers échos ont été entendus en 1991, lors de l'émission américaine 60 Minutes, alors que le Dr Serge Renault, directeur du département de nutrition et de cardiologie de l'Institut National de Recherche sur la Santé (Lyon, France), a entretenu des dizaines de millions d'Américains et de Canadiens sur le French Paradox. Le Dr Renault a d'ailleurs été l'un des premiers scientifiques à émettre l'hypothèse que l'association nourriture, habitudes de vie et consommation de vin auraient une influence directe sur le taux de mortalité et expliqueraient le pourcentage relativement bas de maladies cardio-vasculaires chez les Français. De façon plus significative, la consommation de vin rouge semble être le facteur responsable du faible taux de maladies cardio-vasculaires. Le Dr Curtis Ellison, professeur de médecine et d'épidémiologie à l'Université de Boston, un autre pionnier en la matière, insiste cependant sur le fait que cette consommation doit être régulière et raisonnée. Depuis cette première révélation, bon nombre d'études sont parties en quête de la clé de l'énigme. En novembre 1995, l'émission 60 Minutes reprenait le sujet, confirmant que la consommation modérée de vin avait bel et bien un effet positif sur la santé en citant les résultats concluants d'une étude danoise, The Copenhagen City Heart Study, effectuée auprès de plus de 13 000 hommes et femmes au cours des 10 dernières années. Les personnes qui consommaient un peu d'alcool et en particulier du vin, présentaient un risque de mortalité global de 40% inférieur à celui des abstinents, dans cette étude 1 . Au fur et à mesure que les études mettent en évidence le lien entre une espérance de vie plus longue et la consommation modérée d'alcool, il devient de plus en plus pressant de trouver les éléments responsables et les mécanismes biologiques. Selon certaines études, l'alcool à dose modérée agirait dans la protection cardio-vasculaire. D'une part, il agit en augmentant le taux de HDL - le bon cholestérol, qui évacue le LDL, le mauvais cholestérol, du flux sanguin. D'autre part il agit en inhibant l'agrégation (accumulation) des plaquettes de cholestérol. En effet, l'alcool constitue un bon vasodilatateur (il dilate les vaisseaux sanguins). Le vin rouge apporte un supplément à l'alcool par ses composés phénoliques, plus particulièrement les flavonoïdes (sous-famille des composés phénoliques) 2 . Des partenaires de l'Université de Montpellier (France) et de l'Université de Californie à Davis se penchent depuis 1993 sur le pouvoir antioxydant des composés phénoliques et sur leur absorption par l'organisme. Pour que les antioxydants du vin aient une chance d'inhiber l'oxydation des LDL - le mauvais cholestérol, celui qui risque de bloquer les artères - , il faut que ces molécules soient absorbées et qu'elles se retrouvent dans l'organisme humain. Cette étude (Montpellier/UCD) a démontré l'absorption des composés phénoliques après l'ingestion de vin, en particulier la catéchine qui fait partie de la sous-famille des flavonoïdes. On a utilisé des souris prédisposées à développer des tumeurs ressemblant étroitement à un type de tumeur chez l'humain. Il a été observé que chez les souris ayant une diète à base de vin rouge (désalcoolisé et déshydraté au préalable), la première tumeur apparaissait plus tardivement, tandis que celles ayant une diète alimentaire normale avaient entre-temps développé plusieurs tumeurs. Ces résultats suggèrent que les composés phénoliques du vin rouge pourraient jouer un rôle de protection contre la carcinogénèse (déclenchement d'une tumeur cancéreuse) 3 . Il faut noter que le professeur David M. Goldberg, du département de biochimie de l'Université de Toronto, mène aussi un projet de recherche sur une autre sous-famille de molécules faisant partie de la famille des composés phénoliques: les réversatrols. Elles sont en moins grande quantité que les catéchines mais toutefois, elles agissent en réduisant les lipides dans le plasma, le cholestérol sanguin et l'agrégation des plaques dans l'athérosclérose 4 . La présence non négligeable d'alcool dans le vin a cependant motivé certains chercheurs et prohibitionnistes à nuancer les effets positifs de la consommation. Le professeur Michael Criqui, de l'Université deCalifornie à San Diego, rappelle que la consommation excessive d'alcool est une cause importante de décès. Il cite notamment les maladies liées à l'alcoolisme (cirrhose du foie, cancer O.R.L. et de l'oesophage, maladies neuropsychiatriques) et les accidents de la route.
En conclusion, les opinions restent très partagées au sein du corps médical quant à l'opportunité de conseiller une consommation modérée d'alcool ou de vin à titre préventif. Certains médecins admettent consommer de l'alcool de façon modérée, mais n'osent pas conseiller à leurs patients de faire de même. Les médecins et scientifiques hésitent à se fier sur le bon jugement du public quant à la consommation d'alcool. Par ailleurs, le Dr Ellison considère néfaste de laisser courir autant de tabous sur l'alcool sous prétexte que celui-ci peut être mortel. Tout, selon lui, est affaire d'éducation. Les gens doivent connaître aussi bien les mauvais que les bons effets de l'alcool. Les chercheurs et médecins s'accordent cependant sur le fait que pour éviter certaines affections cardio-vasculaires, il faut non seulement consommer de l'alcool de façon modérée mais aussi avoir une bonne alimentation et un mode de vie sain. En mai 1992, le Dr JoAnne Mason passait en revue l'état actuel des maladies cardio-vasculaires aux États-Unis. Elle a trouvé que la cigarette, l'obésité et une tension artérielle élevée étaient les principaux facteurs augmentant les risques de maladies du coeur, tandis que l'exercice et la consommation modérée d'alcool aidaient à diminuer ces mêmes risques7. On ne peut relier la seule consommation modérée d'alcool à un faible taux de mortalité. On peut toutefois la considérer comme faisant partie d'un tout diminuant le risque global. Faire de l'exercice physique, avoir une saine alimentation et prendre le temps de s'asseoir et de déguster un bon verre de vin avec le repas, voilà, finalement, le vrai secret d'un coeur en santé et d'une bonne longévité. ________________ 1 Wine Business Monthly & Grower and Cellar News, mai 1995, p. 21-26 2 Revue des Oenologues & des techniques vinicoles et oenologiques no 78,décembre 1995 3 Revue des oenologues & des techniques vinicoles et oenologiques no 79,avril 1996, p. 7-14 4 Wine Business Monthly & Grower and Cellar News, janvier 1995, p. 41 5 Risk of Breast Cancer in Relation to Lifetime Alcohol Consumption, M.Longnecker, Journal of the National Cancer Institute, 21 juin 1995 6 Wine Business Monthly & Grower and Cellar News, août 1995, p. 46-49 7 Wine: Prescription for good health, Wine Spectator, 15 mars 1994, p. 37-44
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